Développer l’envie d’apprendre chez TOUS les élèves
Transformer les pratiques pédagogiques pour impliquer tous les élèves
Les réponses efficaces résident moins dans les moyens matériels que dans la transformation du geste pédagogique : faire de chaque enseignant un praticien-chercheur, capable d’expérimenter, de créer, et d’impliquer tous les élèves. C’est la posture et la pratique qui font la différence. Ces transformations permettent de viser la motivation intrinsèque : le goût d’apprendre pour le plaisir d’apprendre, qui favorise engagement, créativité, persévérance et bien-être.Parmi les clés identifiées : la motivation intrinsèque (le goût d’apprendre pour le plaisir d’apprendre) est une des variables majeures de la réussite scolaire – et des trajectoires harmonieuses.
Motivation intrinsèque versus motivation extrinsèque
La réussite réelle ne jaillit pas de la seule contrainte ou de la promesse de récompense.On distingue :
- La motivation extrinsèque : elle pousse l’élève à agir par pression extérieure ou par recherche de récompense (notes, félicitations, avenir professionnel supposé), ou pour éviter des sanctions et déceptions.
- La motivation intrinsèque : elle naît du plaisir même d’apprendre, de découvrir, de comprendre pour soi, sans attendre de gratification externe. C’est une forme de curiosité profonde, d’élan vital ou de jeu : l’élève s’engage parce que l’activité en elle-même est source de satisfaction.
À long terme, la motivation intrinsèque favorise l’engagement, la créativité, la persévérance et le bien-être de l’apprenant. Elle encourage aussi la coopération et l’initiative, contrairement à la motivation extrinsèque qui, si elle domine, limite à l’obéissance minimale et peut générer démotivation ou renoncement.
Les trois facteurs de la motivation intrinsèque
Les chercheurs Edward Deci et Richard Ryan ont montré que la motivation intrinsèque se développe lorsque trois besoins psychologiques fondamentaux sont satisfaits :- Le sentiment d’autodétermination : avoir le sentiment de choisir, d’être acteur, de ne pas être contrôlé.
- L’accroissement de ses compétences : progresser, relever des défis, constater ses propres avancées.
- La reconnaissance par les pairs : être vu, écouté, valorisé par les autres, sentir que ce que l’on fait compte pour le collectif.
L’école peut donc être un lieu puissant pour développer cette motivation à travers des choix pédagogiques adaptés pour remplir ces 3 besoins psychologiques fondamentaux.
Il est important de préciser que ce type de motivation ne pénalise en aucun cas les élèves pourvus d'une culture en adéquation avec la culture scolaire dominante.
Comment développer ces 3 facteurs
>> En passant du modèle « leçon – exercisation - évaluation » au modèle « expression - recherche - communication» pour susciter chez TOUS les élèves le désir d'apprendre.<<Actuellement, la forme scolaire dominante organise les apprentissages autour d’une séquence classique : leçon magistrale dispensée par l’enseignant, exercices d’application réalisés par les élèves, puis évaluation des acquis. Ce fonctionnement tend à compartimenter les apprentissages et à stimuler principalement la motivation extrinsèque : l’élève travaille pour répondre à une attente ou obtenir une récompense extérieure.
Pour nourrir un réel désir d’apprendre et impliquer tous les élèves, il s’agit de transformer cette logique : faire évoluer la pratique vers un modèle où l’expression des élèves, la recherche active et la communication des découvertes sont au cœur de l’expérience pédagogique.
Jean Lesage, enseignant Freinet, nous présente une organisation inspirante autour de ce triptyque dans la vidéo ci-dessous :
Dans ce modèle :
- L’expression fait entrer en classe tout ce qui intéresse ou anime l’élève.
- La recherche permet d’explorer, de questionner, de problématiser à partir de là.
- La communication valorise, donne du sens social, favorise la reconnaissance et la coopération.
Ces trois types d'activités mises en synergie mettent TOUS les élèves dans une posture d'apprenants.
Cela a été démontré de manière empirique par les praticiens de la pédagogie Freinet. Et aujourd'hui la science est en capacité d'expliquer pourquoi. Ce type d'organisation permet de réunir au sein d'une classe et chez chacun de ses élèves les trois facteurs de la motivation intrinsèque :
- L'expression libre permet d'éprouver le sentiment d'autodétermination.
- La recherche permet la montée en compétences.
- La communication permet la reconnaissance par ses pairs.
Les trois piliers : expression, recherche, communication
Expression
En classe, l’enseignant accueille les centres d’intérêt et les expériences des élèves pour en faire le matériau initial des apprentissages.Exemple : « Tu viens de nous expliquer que toi et ta voisine vous fabriquez des bracelets brésiliens dans l’intention de les vendre. » Cette expression libre valorise le vécu, la créativité et l'identité des élèves comme point de départ.
Recherche
À partir de cette expérience, l’enseignant peut proposer une démarche de recherche collective ou individuelle.Exemple : « Ton amie vend les siens 1,50 € et les tiens tu les vends 1 € parce qu’ils sont plus fins. Est-ce que tu saurais calculer combien tu devras vendre des tiens si ton amie en a déjà vendu 10 et que vous envisagez de récolter 100 € ? Est-ce qu’il existe un moyen de calculer rapidement ? »
Ce questionnement invite les élèves à réfléchir, expérimenter, appliquer des savoirs et coopérer pour résoudre une situation authentique liée à leur vie réelle.
Communication
Après avoir cherché et trouvé une solution, les élèves présentent le raisonnement et le résultat au groupe, à la classe, aux parents, ou par écrit. Cette troisième activité est essentielle. Elle garantit à l'élève la possibilité de pouvoir mettre en valeur le travail qu'il a accompli.Elle prend là aussi plusieurs formes : présentation à ses pairs durant la classe, à son correspondant, recueil de textes, expositions, à « l'heure des parents » (moment de classe durant lequel les élèves présentent à leurs parents les recherches abouties ou en cours).
Cette étape assure la reconnaissance et la valorisation auprès des pairs, favorise le climat coopératif et crée des liens concrets entre les savoirs et le quotidien.
Coopération : l’huile dans les rouages pédagogiques
Dans ce modèle, la coopération n’est ni un supplément d’âme ni un simple outil. Elle structure toute la vie de la classe : l’autre n’est plus un concurrent, mais une ressource.L’enseignant devient garant du climat, guide pour créer des synergies, poser un cadre juste et propice à l’entraide, à la confiance et à la sécurité intérieure.
De la confidentialité à la norme : pistes pour généraliser ce modèle
On peut évoquer plusieurs pistes pour généraliser ce modèle et susciter chez tous les élèves le désir d'apprendre.- Former les enseignants comme praticiens-chercheurs, capables d’improviser, de planifier à partir des élèves plutôt que de programmer à l’avance et d’adopter une posture créative et réflexive.
- Repenser le statut du savoir : les connaissances ne sont plus transmises parce qu’il « faut » les acquérir, mais convoquées pour répondre à un besoin, résoudre un problème ou développer un projet qui a du sens pour le groupe.
- Renforcer la coopération comme « huile dans les rouages » : réinventer la vie de classe comme une communauté apprenante, où l’enfant apprend avec et par les autres, sous un climat de confiance et de solidarité.
- Valoriser les initiatives de terrain et mutualiser les pratiques, rendre visibles les réussites locales et soutenir leur essaimage, pour que ce modèle devienne progressivement la norme éducative et ne reste pas cantonné aux marges ou à l’expérimentation confidentielle.
Explorer et réinventer la forme scolaire La coopération en pédagogie active
